Une présentation partielle et donc partiale des scénarios de RTE !

[NB : Une mise à jour de cette analyse pourra être faite dans la journée]
 
Comme nous alertions la semaine dernière, la présentation des scénarios RTE ce lundi matin se révèle être partielle et donc partiale. Nous, écologistes, dénonçons cette manipulation du gouvernement. Toute décision politique sur l’avenir du système électrique français requiert pourtant sérieux et transparence. Le choix a été fait de se baser principalement sur une seule trajectoire d’évolution de la consommation électrique excluant toute évolution sociétale notamment de maîtrise des consommations. Nous ne pouvons que regretter que le rapport complet ne soit pas publié ce matin ; c’est évidemment là aussi un choix politique pour orienter les premiers articles et réactions et alimenter le « il faut plus de nucléaire, c’est inéluctable ». 
 
Le gaspillage et l’ébriété énergétique ne sont pas une fatalité. L’explosion des factures et la précarité énergétique pour les familles ne sont pas une fatalité. La manipulation de RTE, sous pression du gouvernement, qui consiste à évacuer ses propres scénarios de sobriété au moment où explose la précarité énergétique dans notre pays est choquante. Le but du président de la République et de son gouvernement est clair : justifier à n’importe quel prix la relance du nucléaire. Nous rappelons que multiplier par 6 le fiasco de l’EPR de Flamanville (16 milliards de surcoût à ce jour) ne sera jamais un succès. Nous rappelons que le mirage des petits réacteurs à l’horizon 2040 ne répond en rien à nos besoins d’aujourd’hui et de la décennie.
 
Par ailleurs : 
  • Nous dénonçons le fait que le calcul économique et la comparaison des coûts n’aient pas été présentés sur la trajectoire « sobriété ». Pourtant, c’est évidemment sur une trajectoire de maîtrise de l’énergie que les scénarios EnR sont les plus rentables et que l’atteinte de la neutralité carbone est la plus probable. RTE nous dit pourtant, comme Négawatt et notre analyse, qu’une trajectoire de maîtrise de la consommation est possible, mais les résultats de ce scénario ne sont pas présentés. La seule indication donnée à l’oral est qu’un scénario de sobriété coûterait 10 Mds €/an en moins (ce qui est énorme et confirme notre analyse), sans précision sur la distinction entre les mix de production.
  • Même pour la trajectoire médiane de consommation, l’écart entre le scénario nucléaire le plus stable (N1) et le scénario d’EnR optimisé (M23) n’est que de 5 Mds €/an, inférieur à l’incertitude. Or, la littérature montre que les coûts des énergies renouvelables sont systématiquement majorés, alors que les coûts du nucléaire ont toujours été minorés.
  • L’incertitude sur les coûts du nouveau nucléaire est très forte. Les coûts considérés pour le futur nucléaire ne sont pas prouvés et n’ont jamais été rencontrés dans la réalité. Ils se basent sur de nouvelles hypothèses très optimistes de l’Etat (50 Mds€ pour 6 EPR alors que l’EPR de Flamanville n’est toujours pas en exploitation et coûtera plus de 12,4 Mds € hors frais bancaires et 19 Mds€ avec les financements). La Cour des comptes alertait pourtant en 2020 : « On ne peut pas établir avec un degré raisonnable de certitude que les économies de construction de futurs EPR2 par rapport au coût de construction d’EPR de type Flamanville se matérialiseront ».
  • Le paquet « FitFor55 » européen prévoit 55% de baisse de CO2 d’ici 2030, en seulement 9 ans. Cela passe nécessairement par un fort développement des énergies renouvelables dès aujourd’hui et non par le nucléaire (dont il faudra plus de 10 ans pour produire les premiers kWh).
  • Tous les scénarios garantissent la sécurité d’approvisionnement à toute heure. Contrairement aux idées reçues, RTE démontre qu’un système électrique 100% EnR est techniquement faisable. Nous ne pouvons que remercier le travail très poussé par RTE.
  • Les coûts des scénarios EnR sont accentués par la problématique du stockage saisonnier via le power-to-gas-to-power qui coûte cher. Nous devons accentuer les efforts de R&D pour réduire ces coûts des technologies de stockage et flexibilité. Par ailleurs, les grands parcs solaires, éoliens terrestres et en mer sont déjà très compétitifs et vont l’être de plus en plus.
 
Il est inacceptable que la présentation de ce matin n’inclue pas l’évaluation économique de la variante «  sobriété » qui limite la hausse de consommation à 550 TWh d’électricité en 2050. Nous demandons que puisse être fournie en priorité une analyse économique complète du couplage entre la trajectoire de consommation « Sobriété » (550 TWh/an) et les scénarios de production « 100 % EnR », et qu’elle soit comparée avec le couplage entre la trajectoire « Médiane » (645 TWh/an) et une production « EnR + nucléaire ».
 
Il y a au moins une vérité de RTE que nous reprenons : tout est possible. Notre choix est fait : maîtrise de la consommation, investissement dans les logements et les transports pour rendre du pouvoir d’achat aux Français, déploiement des énergies renouvelables moins chères que le nucléaire.