Scénarios RTE présentés le 25 octobre : gare à l’enfumage du gouvernement !

Ce lundi 25 octobre à 10h30, RTE présente les résultats tant attendus de ses 6 scénarios de production électrique (3 uniquement EnR, 3 nucléaire + EnR), qui auraient dû être présentés de manière équitable sur plusieurs trajectoires de consommation. Ce ne sera pas le cas.

Le gouvernement cherche par tous les moyens à justifier le lancement d’un nouveau programme nucléaire sur la base d’une hypothèse de hausse de la consommation d’électricité très généreuse à l’horizon 2050 (trajectoire de référence choisie : passage de 475 TWh en 2019 à 645 TWh en 2050). On consommera inexorablement beaucoup plus d’électricité donc il faut produire beaucoup plus et relancer le nucléaire. La ficelle est un peu grosse !

Pourtant, une autre trajectoire est possible. Même si nous devons électrifier notre économie pour la décarboner, même si nous devons relocaliser une partie de notre industrie, cette augmentation peut être maîtrisée. La maîtrise de la consommation est la clé de la réussite de la transition écologique vers la neutralité carbone. Le scénario porté par les écologistes (543 TWh/an en 2050) est proche de la variante “sobriété” de RTE (550 TWh/an en 2050), du nouveau scénario Négawatt (530 TWh/an) et des analyses de l’ADEME.

Il se pourrait que la comparaison économique des 6 scénarios de production ne soit finalement présentée ce lundi de façon complète que pour la trajectoire médiane. Si cela se confirmait, ce serait tout simplement inacceptable. Où sont le sérieux et la transparence que requiert toute décision politique sur l’avenir du système électrique français si elle se base volontairement sur une seule trajectoire d’évolution de la consommation électrique ?

Nous demandons que puisse être fournie en priorité une analyse économique complète du couplage entre la trajectoire de consommation “Sobriété” (550 TWh/an) et les scénarios de production “100 % EnR”, et qu’elle soit comparée avec le couplage entre la trajectoire “Médiane” (645 TWh/an) et une production “EnR + nucléaire”.

La différence de 100 TWh/an entre la trajectoire “sobriété” de RTE et la trajectoire “Médiane” de référence choisie par le gouvernement représente une économie considérable, souhaitable et parfaitement atteignable, notamment grâce à une évolution sociétale des usages : moins de voitures particulières dans le parc automobile grâce notamment aux transports en commun et au covoiturage, quatre fois moins de consommation unitaire des logements grâce à la rénovation globale de 700 000 logements par an à partir de 2030, une meilleure efficacité de l’industrie et une circularité de l’économie. 100 TWh, c’est une dizaine d’EPR ou une quinzaine de réacteurs nucléaires existants ! C’est 100 TWh d’électricité en moins à payer pour les ménages et les entreprises.

Par ailleurs, et encore plus si les coûts des différents scénarios sont assez proches, attention aux fortes incertitudes sur le coût du futur nucléaire. La Cour des comptes le dit dans son rapport de 2020 : “on ne peut pas établir avec un degré raisonnable de certitude que les économies de construction de futurs EPR2 par rapport au coût de construction d’EPR de type Flamanville se matérialiseront. Le sérieux budgétaire est du côté des EnR : les coûts des EnR sont connus et vont continuer de décroître. Alors que ceux du nouveau nucléaire (EPR2, SMR) sont incertains, plus chers, et les économies de série sur l’EPR sont tout sauf sûres ou démontrées. L’avenir du système électrique ne peut pas reposer sur un pari aussi risqué.

 

Matthieu Orphelin,
 député écologiste de Maine-et-Loire