Rapport du GIEC : le climat et l’adaptation ne peuvent rester les parents pauvres de l’action politique

L’amélioration continue des connaissances que démontre le rapport du GIEC sorti ce jour permet d’affirmer que s’adapter aux conséquences du changement climatique est encore possible, pourvu que nous ne dépassions pas les 1,5°C ou 2°C maximum et si les actions immédiates sont très significativement rehaussées. Au-delà, l’avenir d’un très grand nombre d’écosystèmes et de sociétés humaines est en péril et notre capacité à faire preuve de résilience sera compromise. En effet, la différence de dommages causés entre un réchauffement de 1,5°C et 3,0°C est significative : jusqu’à 3,9 fois de dégâts en plus causés par les inondations, sans adaptation, et jusqu’à 29% des espèces terrestres confrontées à un risque très élevé d’extinction.

Ce rapport le dit : “L’ampleur et le rythme du changement climatique et des risques qui y sont associés dépendent fortement des mesures d’atténuation et d’adaptation à court terme”. 3,3 à 3,6 milliards de personnes vivent dans des territoires très vulnérables au changement climatique. C’est aussi un enjeu de solidarité : “Dans tous les secteurs et toutes les régions, on observe que les personnes et les systèmes les plus vulnérables sont touchés de manière disproportionnée”.

Pourtant, le climat a tant de mal à trouver une place dans nos politiques publiques françaises et internationales, et l’adaptation reste le parent pauvre de l’action climatique comme le soulignait le Haut Conseil pour le Climat dans son rapport de juin 2021.

Depuis le début des années 2000, il y a un vrai manque d’anticipation par les gouvernements successifs des impacts et menaces à court, moyen et long terme de la crise climatique, comme en témoigne la quasi-absence de mesures d’adaptation dans la loi climat, la non prise en compte des recommandations faites par le Haut Conseil pour le Climat, le peu de place accordée à l’adaptation dans les conseils de défense écologique, les limites du Varenne de l’eau, l’absence de stratégie d’anticipation des migrations climatiques (malgré les engagements pris en 2018)…

J’appelle le gouvernement à justifier des dispositions prises en matière d’adaptation au cours du quinquennat et à organiser dès mars 2022 un débat à l’Assemblée nationale, en vertu de l’article 50-1 de la Constitution, pour discuter de ce rapport et en tirer les conclusions qui s’imposent pour le prochain mandat. Un tel type de débat est organisé ce mardi sur la guerre en Ukraine.

Espérons que ce rapport permettra au climat de faire enfin irruption dans l’élection présidentielle, sujet terriblement peu abordé et grand absent des débats actuels, et irriguera l’action du prochain gouvernement, quel qu’il soit.

Matthieu Orphelin,
député écologiste de Maine-et-Loire