La jeunesse et la politique : envie d’avoir envie !

La jeunesse et la politique : et si la fracture n’était pas irrémédiable ?

Je présente ce mercredi 13 octobre les résultats d’une étude inédite menée sur 500 jeunes de 18 à 35 ans
« La jeunesse et la politique : envie d’avoir envie ! »

Abstention, présidentielle, thèmes pour choisir leur vote… Que nous disent et proposent les jeunes ?

Loin des discours dénigrants sur la jeune génération, loin des stéréotypes qui en font des citoyens désintéressés et qui expliqueraient les 82% d’abstention chez les 18-35 ans aux dernières élections départementales et régionales, il suffisait d’aller à leur rencontre pour comprendre à quel point les jeunes ont des attentes fortes vis-à-vis de la politique. L’enquête que j’ai menée sur le terrain auprès de 500 jeunes de 18 à 35 ans en septembre 2021 est riche d’enseignements, du fait notamment de questions ouvertes, sans réponses pré-suggérées, offrant une véritable posture d’écoute. Elle ouvre la voie pour réconcilier les jeunesses avec la démocratie et la politique.

  1. La jeunesse n’est pas un groupe homogène, de fortes disparités existent en fonction de l’âge et du niveau de qualifications, avec notamment une plus forte défiance  à l’égard du politique dans la génération des 26-35 ans.
  2. Une multitude de facteurs est à prendre en compte pour expliquer l’abstention forte aux dernières élections régionales et départementales. Le désintérêt n’est évoqué que dans 34% des cas et est souvent associé à un manque d’information (17%). La mal- ou non-inscription concerne quant à elle 29% des interrogés, ce qui est énorme. 
  3. La jeunesse apporte une grande importance à la présidentielle et a une conscience citoyenne développée. Ce ne sont pas moins de 74% qui se rendront aux urnes pour l’élection présidentielle, 44% du fait de l’importance de ce rendez-vous politique et 38% par acte civique. L’abstention est intermittente.
  4. Les solutions proposées par les jeunes pour réduire l’abstention : dans 40% des cas, une plus grande éducation / sensibilisation. Parmi eux, cette demande d’information se divise en deux pôles :  l’éducation et l’information -principalement dans le système scolaire- pour 53% d’entre eux et la communication, notamment via les nouveaux outils numériques, pour 47%.
  5. La jeunesse pointe du doigt l’apparente déconnexion de la classe politique avec elle : ils sont 36% à penser que changer cela permettrait aux jeunes de renouer avec le vote et la démocratie.
  6. À noter : ces deux solutions proposées par les jeunes (éducation, reconnexion des politiques) ne sont quasiment jamais considérées dans les débats autour de l’abstention.
  7. Ce travail de fond peut s’accompagner de mesures techniques au profit d’une rénovation démocratique. Parmi des réponses suggérées, la jeunesse plébiscite la prise en compte du vote blanc dans les suffrages exprimés (50 %). La mise en place du vote par anticipation, à distance ou en ligne est une solution envisageable pour 32% d’entre eux. Par contre, d’autres mesures techniques ne trouvent, pour l’instant, pas d’écho : changement du format du vote (12 %), vote obligatoire (8%), vote à 16 ans (8%).
  8. La préoccupation principale, pour 46% de la jeunesse, est la protection de l’environnement, citée avec les termes écologie, climat puis biodiversité. Pourtant, des mesures concrètes peinent à être formulées.

En conséquence, les pouvoirs publics doivent faire face à un double enjeu : comprendre que les solutions techniques ne suffisent pas et s’engager dans la mise en œuvre de solutions structurelles de fond, qui impliquent à la fois le système éducatif, administratif et politique. Ces axes doivent être menés de manière simultanée et vigoureuse. 

Retrouvez l’intégralité de l’étude ici

Pistes de recommandations :

  1. Renforcer l’éducation civique au collège et au lycée (qui est aujourd’hui souvent “sacrifiée” au lycée) , notamment en vue de leur apprendre la politique, non pas seulement les fondements de la démocratie.
  2. Lancer de vraies campagnes d’information, en particulier sur les réseaux sociaux, de sources fiables et apartisanes.
  3. Prendre en compte le vote blanc comme suffrage exprimé, par une modification du code électoral et ce dès les prochaines élections législatives.
  4. Mettre en place un suivi annuel (enquête d’opinion) de l’engagement politique de la jeunesse.
  5. Généraliser et simplifier le changement de bureau de vote et lieu d’inscription sur les listes électorales, par exemple au moment de la déclaration d’impôt.
  6. Développer l’exemplarité et la transparence de la classe politique, ce qui pourrait être fait par la publication obligatoire de la liste des réunions entre le gouvernement et les parlementaires ou conseillers, ou encore  par la mise en place d’une obligation de « sourcing » des amendements.
  7. S’assurer de la mise en œuvre de ces changements majeurs : Paula Forteza, députée de l’étranger, et moi-même porterons une proposition de loi avant la fin de l’année 2021 portant sur une rénovation démocratique.

Matthieu Orphelin