Rapport du Haut Conseil pour le climat : Un jugement sévère mais juste car le cap n’est pas tenu !

Dans son second rapport annuel, le Haut Conseil pour le climat somme le Gouvernement d’intégrer enfin l’ensemble de ses politiques publiques dans le respect des limites climatiques. Car oui, pour faire réussir cette indispensable transition, il faut engager une mutation en profondeur.

La politique climatique doit être structurelle et transversale si l’on veut qu’elle réussisse ; ce n’est pas le cas aujourd’hui. Les progrès ont été trop faibles sur l’année écoulée. Le manque d’actions suffisantes devient grave, très grave. Nous avons de belles ambitions mais l’ensemble des ministères ne se les approprient pas ; nous faisons de grandes lois sans évaluer leurs impacts climatiques réels ; nous investissons trop peu dans la transition ; nous abaissons nos objectifs carbone à court terme dans l’espoir illusoire de pouvoir les rattraper plus tard ; nous continuons de soutenir des secteurs défavorables au climat alors que de nombreux emplois durables peuvent être créés rapidement dans les secteurs favorables, notamment dans le cadre de la reprise économique ; nous injectons un peu de vert dans une relance de court terme au lieu de s’assurer que cette relance est compatible avec les objectifs climatiques ; nous ne donnons pas à nos territoires l’autonomie et les moyens nécessaires pour en faire les vrais chefs de file de notre politique climatique.

Changeons de cap et d’échelle, adoptons une écologie en grand et arrêtons de nous contenter de petits pas qui donnent l’impression d’avancer tout en laissant les objectifs s’éloigner ! Dans l’agriculture, le transport ou le bâtiment, les pouvoirs publics doivent insuffler des changements structurels, de rupture, par une transformation profonde de notre société avec des actes forts à court terme guidés par une vision de long terme. Les ajustements à la marge et les consensus mous ne font plus illusion.

Les émissions importées continuent d’augmenter, notre politique commerciale doit revoir sa stratégie et rétablir des échanges justes au service de l’écologie.

J’attends du Gouvernement qu’il mette l’ambition climatique au coeur de son action, cessant de se satisfaire d’actes à la portée trop faible dont l’insuffisance est rendue évidente par ce rapport. L’ambition des 146 propositions de la Convention citoyenne pour le climat, qui traitent de manière bien plus réaliste des sujets déjà traités par les grandes lois écologiques de ces 3 dernières années, doit être reprise sans filtre.

De plus, le Gouvernement doit octroyer d’urgence plus de ressources au Haut Conseil pour le climat afin que cet organe, devenu une institution incontournable, puisse travailler dans des conditions à la hauteur des responsabilités qui lui incombent.

Matthieu Orphelin
député de Maine-et-Loire, co-président du groupe EDS