Palmarès des députés à l’Assemblée : attention aux jugements hâtifs !

En décembre dernier, le site Capital a effectué un classement de l’activité des députées et des députés à l’Assemblée nationale, dans lequel j’ai été bien classé (à la 40ème place sur 572 députés listés, 10ième député de mon groupe politique). Je profite justement d’être en bonne position dans ce premier classement (ce qui ne sera pas toujours le cas !) pour souligner que ce classement peut être trompeur.

Si ce classement présente le mérite de rendre plus accessible et plus transparente l’activité quotidienne des députés, et en soit le travail du site nosdeputes.fr (observatoire citoyen de l’activité parlementaire, sur lequel se base l’article du site Capital) est plus qu’utile, il comporte néanmoins certaines imperfections :

–  Il avantage artificiellement les députés qui ont exercé une fonction de rapporteur ou de responsable de texte sur un projet de loi.

En effet, les députés qui exercent ces fonctions prennent beaucoup plus la parole en commission ou en hémicycle, lors de la discussion générale, de l’explication de vote et de discussions autour d’amendements. De même, le classement prend en compte le nombre d’amendements proposés, or un député qui a exercé la fonction de responsable de texte sur un projet de loi est automatiquement mis comme cosignataire de tous les amendements déposés au nom de son groupe. Au premier semestre du quinquennat, j’ai été responsable, pour le groupe LREM, de la Loi Hulot sur la fin des hydrocarbures. Cela a fait augmenter artificiellement mon quota d’amendements déposés, par rapport à certains de mes collègues qui ont pu également fournir un travail approfondi sur ce projet de loi mais ne sont pas membre de la commission, ou qui sont dans des commissions qui n’ont pas eu de texte à étudier.

–  Il prend en compte le nombre d’interventions en hémicycle de plus de 10 mots, qu’elles soient utiles ou non. Cela signifie qu’il comptabilise aussi bien les interventions relatives à des amendements défendus que celles purement déclaratoires lors de l’étude d’un texte en séance ou en début d’article (chaque député peut, de droit, parler 2 minutes au début de chaque article de loi !), qui ne nécessitent pas toujours un travail approfondi (sans proposer d’amendements derrière), voir des déclarations hors micro (invectives ou autres), du moment qu’elles font plus de 10 mots !

–  Il ne couvre qu’un champ restreint du travail parlementaire. Certaines des actions sur lesquelles j’estime avoir eu incidence forte sur la décision publique et qui m’ont demandé un travail de fond (rapport sur l’indemnité kilométrique vélo remis à la ministre des Transports Elisabeth Borne, propositions pour le plan d’actions du gouvernement sur le CETA, auditions et préparation du rapport du conseil d’orientation des infrastructures, co-présidence de l’atelier 4 de la préparation de la feuille de route économie circulaire…) ne sont tout simplement pas prises en compte dans ce classement. Si je n’avais fait aucun de ces travaux importants, qui m’ont pris en moyenne deux jours pleins par semaine, et si j’étais, à la place, resté sagement assis dans l’hémicycle (même quand la majorité était très largement assurée), j’aurais vu mon classement amélioré ! Absurde, non ?

Ainsi, ce classement est utile au sens où il rapproche le travail des députés des citoyens, où il créé le débat, où il cherche à évaluer ce travail sur une approche multi-critères, mais il ne reflète absolument pas tout le travail d’un député effectué au quotidien, et ne permet pas d’évaluer son efficacité.