Mercosur : Un rapport sévère qui confirme les risques majeurs pour l’environnement et l’agriculture

Déforestation

Ma réaction à la publication, ce 18 septembre, du rapport Ambec qui est issu d’une commission d’experts indépendants et commandé par Matignon.

Le rapport enfin dévoilé confirme nos craintes. Les risques sont maintenant avérés : l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur, actuellement en cours de finalisation alors qu’Emmanuel Macron avait annoncé sa suspension, augmenterait la déforestation (1), aggraverait nos émissions importées (2), renforcerait la pression commerciale sur les agriculteurs européens (3), développerait l’élevage intensif et augmenterait l’usage de pesticides en Amérique latine (4). Un tel accord aurait des conséquences graves sur le climat, sur la biodiversité et sur notre modèle agricole, alors que tous nos efforts devraient être déployés pour renverser la vapeur !

Le rythme de déforestation a atteint un niveau infernal depuis 2 ans (5). Les promesses d’action émises lors du G7 à Biarritz n’ont pas été assez suivis d’actions. Encore une fois, les dirigeants ont donné l’illusion d’agir alors que le drame persistait. Le problème n’est pas seulement la situation politique actuelle au Brésil, c’est aussi l’accord en lui-même qui est à réviser en profondeur. Je souhaite que le gouvernement expose une position claire sur son soutien ou non à l’accord tel qu’il est rédigé aujourd’hui.

 

Conformément à une Proposition de Résolution européenne que nous avions déposée en juillet dernier, cosignée par des députés de 6 groupes différents, il devient urgent que la France et l’UE :

  • Actent enfin officiellement la suspension de l’Accord
  • Révisent l’accord pour apporter des garanties solides sur le respect de l’Accord de Paris, les méthodes de production agricole, la protection des standards européens dans le cadre du dialogue bilatéral – telles que préconisées par le rapport Ambec. Les parlementaires, les citoyens et la société civile doivent être associés à la définition de ce nouveau cadre de négociation
  • Conditionnent la signature de l’accord au respects de certains engagements, notamment en matière de lutte contre la déforestation illégale, de protection des droits humains, et de respect de l’accord de Paris.

(1) Le rapport Ambec considère que l’Accord commercial pourrait, dans son scénario le plus optimiste, faire disparaître 700 000 ha supplémentaires de forêt vierge, soit l’équivalent de la moitié de la forêt des Landes.

(2) En prenant en compte la déforestation engendrée par l’Accord (mais sans prendre en compte l’impact du transport maritime), les émissions de CO2 s’accroîtraient globalement de 7,8 à 11,5 MteqCO2/an.

(3) +180 000 tonnes équivalent carcasse (téc) de volaille, 25 000 téc de porc, 99 000 téc de viande bovine, 190 000 t de sucre, 650 000 t d’éthanol, 45 000 t de miel, 1 000 t de maïs doux.

(4) 27% des pesticides utilisées au Brésil sont interdites dans l’UE. L’épandage aérien y est autorisé, contrairement à l’UE. Les limites maximales de résidu peuvent être 10, 20 voire 400 fois supérieures à celles autorisées dans l’UE, les contrôles étant trop inefficace pour éviter l’importation de produits ayant cette concentration.

(5)  6 090 km² déforestés en entre janvier et août 2020 et 6 416 km² en 2019 sur la même période (contre 3 344 km² en 2018 et 2 068 km² en 2017 sur la même période). https://news.mongabay.com/2020/09/rise-in-amazon-deforestation-slows-in-august-but-fires-surge/