Mercosur : un accord bien pire que le CETA pour le climat et pour notre agriculture !

La signature d’un accord « historique » avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) révèle un dysfonctionnement grave dans la politique commerciale de l’Union Européenne, en déphasage total avec les enjeux climatiques, agricoles et sociaux. Sans garanties réelles sur ces aspects pourtant hautement prioritaires, non, ça ne peut pas être un « bon accord ».
Nous ne devons pas créer une zone de libre-échange sans conditions strictes avec le Brésil, qui prévoit notamment d’autoriser l’utilisation de plus de 1000 pesticides -dont certains interdits chez nous- alors que nous exigeons de nos agriculteurs européens la production d’une alimentation plus saine et respectueuse de l’environnement et des animaux. Où est la cohérence ?
Sur le climat, mentionner l’Accord de Paris -ou le développement durable dans des chapitres non-contraignants du Mercosur- ne suffira pas à garantir le respect de ses dispositions. Il serait naïf d’espérer que le gouvernement Bolsonaro fasse preuve de bonne volonté dans ce domaine, alors qu’il permet, depuis son élection, la déforestation de 450 hectares par jour d’Amazonie dans des zones pourtant protégées. C’est une bombe climatique mais aussi une injure aux libertés individuelles fondamentales des populations autochtones qui y vivent.
Il aurait pourtant été possible de conditionner la levée des barrières commerciales au respect effectif d’engagements environnementaux et sociaux.
Je déplore l’approche anachronique de l’Union européenne et de ses Etats membres en matière de politique commerciale. Le CETA, qui sera soumis au parlement français le 17 juillet (au milieu de l’été, pour un accord qui souffrait déjà de carences démocratiques, c’est problématique) en est également issu, et se veut un accord de nouvelle génération mais les progrès qu’il apporte et les garanties pour la suite sont pourtant assez limités au vu des enjeux.
C’est une évidence : nous ne gagnerons pas la guerre climatique avec les règles actuelles du commerce international. Je demande à la France de rejeter l’adoption de l’accord avec le Mercosur. J’appelle le gouvernement et les parlementaires européens français à mobiliser leurs partenaires européens pour engager une réforme en profondeur du modèle commercial, afin qu’il se mette urgemment au service de la transition écologique et solidaire au lieu de la négliger, voire de la rendre plus incertaine encore.
 
Matthieu Orphelin
Député de Maine-et-Loire