Lettre ouverte d’un charlatan de l’écologie à un hebdomadaire climatosceptique

Cher Valeurs actuelles,

Au départ, j’ai rigolé en voyant votre Une du 27 juin sur les charlatans de l’écologie, et même trouvé amusant d’être nommément visé dans l’article de tête, au côté des experts du GIEC, de Greta Thunberg ou d’Aurélien Barrau ; un bon compagnonnage ! La liberté de la presse est l’un des fondements de toute démocratie, et j’aime être en désaccord avec votre ligne éditoriale, si souvent ultraconservatrice et réactionnaire.

Et puis, j’ai lu la totalité de votre dossier, votre « enquête » comme vous dites. Et là, ça a été la sidération. C’est peut-être le pire de ce que j’ai lu sur l’écologie depuis plus de 20 ans.

Vos articles sont une ode au climatoscepticisme, une injure à la réalité et à la science.

Comment pouvez-vous écrire que « l’eau ne manque pas » alors qu’une bonne partie de l’Afrique est déjà confrontée à de nouvelles situations de sécheresse extrême et de stress hydrique qui y rendent la vie impossible pour des dizaines de millions de personnes ? Comment pouvez-vous, assez insidieusement d’ailleurs, remettre en question l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des événements climatiques extrêmes dont les canicules, méprisant les séries statistiques comme les prévisions des modèles développés par l’immense majorité des équipes de recherche ? Comment pouvez-vous laisser dire qu’on a, sur le climat, « basculé dans l’antiscience », alors que c’est l’exact contraire, au moment où le GIEC rappelle qu’il faut, en 11 ans, diviser par deux les émissions mondiales ?

Ecouter la science, ce n’est pas être « prophète de malheur » mais au contraire chercher à éviter un futur invivable. Alors bien sûr, il est plus simple pour vous de réfuter en bloc les changements climatiques, de ne pas regarder en face, de continuer comme avant. Pour nous décrédibiliser, les mots que vous utilisez sont si forts et déplacés : embrigader la jeunesse, totalitarisme vert, hystérie écologiste… En moquant mon travail de parlementaire, vous me donnez envie d’en faire encore plus.

Dans le même numéro de Valeurs actuelles, le pire est sans doute les 30 pages à lire sur les « dernières nouvelles du climat », écrites par certains des plus fameux climatosceptiques américains ou français (sans bien sûr que cela ne soit précisé), aux thèses pourtant régulièrement démontées. « Un catastrophisme sans fondement », « petit éloge du CO2 », « les modèles climatiques surchauffent », « N’ayons pas peur ». Derrière ces titres, un festival de contre-vérités et de relativisme, étalées là, méprisant les milliers de publications scientifiques qui, chaque année, démontrent le contraire… À chaque fois qu’il y a eu de grandes avancées sur les connaissances, il y a eu un renforcement des théories réactionnaires. Les grandes victoires du féminisme ont par exemple réveillé les pires antiféministes. Sur le climat, votre dossier est de cette veine réactionnaire.

Cher Valeurs Actuelles, votre « dossier » sur les charlatans de l’écologie est le pire du climatoscepticisme, de ce que le Guardian appelle depuis peu le négationnisme du climat. Mais c’est surtout, pour la jeunesse et tous ceux qui se mobilisent, un formidable encouragement pour continuer à s’engager. Merci !

Matthieu Orphelin

Député de Maine-et-Loire – première circonscription

 

Lettre ouverte d’un charlatan de l’écologie à un hebdomadaire climatosceptique