Les pas d’un marcheur à l’assemblée ! Matthieu Orphelin, député du Maine-et-Loire

Réinventer la politique à partir du terrain. Ce lundi 26 juin, je commence la semaine par un séminaire de travail à Angers avec ma suppléante et nos trois collaboratrices parlementaires. Sur les questions d’organisation bien sûr et qui sont nombreuses (contrats de travail, répartition des tâches, modalités de travail en commun, recherche des locaux, équipements…) mais surtout sur le conseil des citoyen-es et des acteurs du territoire que nous allons créer pour mieux connecter le travail parlementaire aux réalités de terrain et à l’expertise des acteurs. Je vous en reparlerai dans les semaines à venir !

Armée de Godillots ? L’image colle à la peau des député-es LREM. Laissez-nous au moins le bénéfice du doute. Faut-il s’émouvoir de la cohésion recherchée et de l’unité demandée dans les votes ? Pas d’états d’âme pour moi dès lors qu’on est en phase avec le projet pour lequel Emmanuel Macron et les député-es LREM ont été élus. Nous avions un programme très détaillé et donc nous savons où nous voulons aller. Et où nous ne voulons pas aller. Par exemple, s’il avait fallu voter un recul sur la fin des pesticides néonicotinoïdes (gros sujet de cette semaine ;)), j’aurais évidemment voté contre !

Inventons la sobriété heureuse du travail parlementaire ! Moins d’amendements, mais de meilleure qualité. Au cours du mandat précédent, j’ai vu la richesse du travail de certains parlementaires, mais aussi, pour d’autres, de trop nombreux amendements copiés-collés, d’obstruction, qui ne servaient qu’à créer la polémique, ceux dictés par les lobbys, ceux qui ne concernaient que l’intérêt particulier.

Avantages à revoir. La loi de moralisation de la vie publique va permettre des avancées trop longtemps repoussées : fin de la réserve parlementaire et de ses risques de clientélisme (qui sont réels), réforme de l’IRFM pour qu’enfin des justificatifs de dépenses soient exigés… Sans céder au populisme et au « ces élus qui se gavent sur le dos des Français », on peut et doit aller plus loin. Requestionner la pertinence de certains avantages liés au statut de parlementaire doit être au cœur des évolutions que nous porterons pour rénover l’Assemblée au cours de ce mandat. Prenons quelques exemples concrets. Le régime actuel des retraites des parlementaires est très généreux : il suffit par exemple de trois mandats pour toucher la retraite à taux plein ! Il va sans dire que ce régime trop favorable doit lui aussi être revu par la convergence des régimes de retraite. D’autres idées sont simples à mettre en place : les députés ont une enveloppe pour leurs déplacements en taxi ce qui est sans doute utile (j’étais bien content d’en prendre un à la sortie de la session à 1h30 du matin) ; mais ne serait-il pas utile de la réduire et d’en conditionner une partie, au moins à Paris, à l’usage de taxis hybrides ou électriques et/ou de la limiter aux plages horaires de nuit?

Fin du clash dit « du matheux ». Ma photo de Cédric Vilani et Jean-Luc Mélenchon, tous sourires dans les couloirs de l’Assemblée Nationale, fait le buzz. J
e ne vais pas révéler leur conversation privée. J’ai dit qu’elle était fort sympathique, un vrai moment d’échange et tellement loin des invectives. Photo prise quelques minutes avant la première séance. Il est cocasse de noter que Jean-Luc Mélenchon porte, comme d’habitude, une cravate, qu’il enlèvera donc ensuite pour rentrer dans l’hémicycle, et se conforter ainsi au code vestimentaire des Insoumis plutôt qu’au règlement intérieur de l’Assemblée (qu’on devrait effectivement faire évoluer, et pas seulement sur la question du port obligatoire de la cravate et de la veste !). Le conformisme a de multiples facettes.

 

Suspensions de séance. Le mot clef de la seconde session ce mercredi 28 juin 2017. Séance débutée à 15h, terminée à plus d’une heure du matin. Neuf heures ! Neuf heures pour deux votes sans débat, juste pour élire les quelques membres du bureau de l’Assemblée. Pour moi comme pour beaucoup de député-es qui étaient encore au travail quelques semaines auparavant, l’impression de ne pas avoir vécu une journée aussi peu productive depuis bien longtemps ! L’origine de la cacophonie : suite au premier vote, le troisième poste de questeur, traditionnellement dévolu à l’opposition, est revenu au groupe les Réformateurs et pas au groupe Les Républicains « canal historique » ; ce dernier refuse alors de présenter des candidat-es au second vote. Dans le divorce que vit la droite, LREM a donné l’impression de prendre parti. Les Républicains crient au scandale, les réformateurs se veulent les porte-paroles de toutes les oppositions (6 groupes !). Cacophonie et premiers noms d’oiseaux dans l’hémicycle. Et donc pour moi, il faut l’avouer, un peu d’angoisse à l’idée que ce qui ressorte soit « la politique continue comme avant ». Les suspensions de séance se succèdent, les réunions de groupe et les négociations entre groupes aussi. Il faut rester près de l’hémicycle au cas où la séance reprenne (de toute façon, nos bureaux ne sont pas encore attribués !). Certains député-es errent dans les couloirs, d’autres s’affalent sur les canapés, ou discutent en fumant dans les jardins. Une ambiance qui rappelle un peu les quais de gare quand le train a un retard indéterminé. Une solution provisoire est finalement trouvée : LREM et le Modem prennent à titre provisoire tous les postes en attendant que les Républicains décident de proposer leurs candidats.

Enfin, du fond ! Jeudi, quel bonheur que de commencer enfin le travail en commission. Pour moi ce sera celle du développement durable (mon engagement professionnel et associatif de toujours) et de l’aménagement du territoire (un enjeu si important pour la circonscription d’Angers Nord où j’ai été élu). Atmosphère détendue et studieuse, le jour et la nuit par rapport à la veille dans l’hémicycle ! Les un-es et les autres rendent hommage au travail collectif qui a prévalu au cours des deux précédents mandats. Nous commencerons dès la semaine prochaine le travail par les ordonnances sur le dialogue environnemental, prévues par le gouvernement précédent. Le premier gros texte de la commission sera celui, si stratégique, de l’évolution du code minier ! Heureux que le travail commence !

Après une fin de semaine en circonscription, où je vais notamment rencontrer les coopératives d’activité et d’emploi, qui réinventent l’entreprenariat grâce au statut d’entrepreneur salarié, rendez-vous lundi prochain à Versailles. Et il faut que je l’avoue : ce sera la première fois que je visite ce Château !

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