Les 10 points qui permettront d’évaluer si la Programmation Pluriannuelle de l’Energie est ambitieuse (ou non !)

 

La nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) va être arbitrée et présentée avant le 27 novembre. Pour qu’on puisse la juger ambitieuse, face notamment aux enjeux climatiques et économiques, il est essentiel qu’elle soit basée sur la sobriété et les renouvelables, et résolument européenne. Elle le sera si elle répond aux 10 points suivants !

  1. Faire de la sobriété énergétique, de l’efficacité énergétique et de la baisse de la consommation (et donc de la baisse des dépenses de carburants et de combustibles des ménages) les principaux leviers d’action de cette nouvelle stratégie énergétique.
  2. Le plan de rénovation énergétique des bâtiments doit être nettement renforcé avec des mesures radicales: a) avance du crédit d’impôt transition énergétique (CITE) pour les ménages éligibles aux aides de l’agence de l’habitat (ANAH), b) extension des dispositifs d’aides existants aux propriétaires bailleurs (éventuellement sous conditions de ressources) pour qu’il y ait moins de locataires dans des passoires énergétiques, c) fin de la location des passoires énergétiques (couplée à des mécanismes financiers innovants pour permettre aux petits propriétaires de faire les travaux) et/ou plan concret de sortie du fioul.
  3. Faire des énergies renouvelables, filières rentables et d’excellence pour notre économie, la clé de voute de la production, et non plus la variable d’ajustement. Développer massivement la chaleur renouvelable avec l’affichage d’une trajectoire du fonds chaleur commençant par un doublement sur le quinquennat, mais aussi le maintien du CITE dans l’habitat individuel.
  4. Renforcer le développement du biogaz (pour les réseaux et le transport), avec la méthanisation et des enjeux industriels et de territoires forts. Investir plus fortement sur le stockage de l’énergie, essentiel pour la tenue des réseaux demain.
  5. Équilibrer le mix électrique en s’appuyant plus et plus vite sur les filières renouvelables les plus rentables (photovoltaïque, éolien terrestre et en mer posé, qui sont déjà autour des 60 €/MWh, donc plus rentables que le nouveau nucléaire qui vise 60 à 70 à terme !), mais sans négliger l’éolien flottant compte tenu de sa compétitivité pas si lointaine et des enjeux industriels. La France est en pointe sur cette filière.
  6. Réussir la fermeture des quatre centrales à charbon d’ici à 2022, en anticipant l’évolution des métiers et des compétences.
  7. La priorité économique n’est pas à la relance du nucléaire (qui coutera, en 2030, 50 % de plus que les renouvelables !). En conséquence, ne pas prendre avant 2023 la lourde décision d’une éventuelle relance d’une série d’EPR.
  8. Donner des orientations claires sur la fermeture progressive de réacteurs nucléaires, en conséquence de la réduction de la demande et du déploiement des renouvelables. Un rythme d’enclenchement de fermeture d’au moins un réacteur nucléaire par an dès 2022, et de deux par an dès que possible, semble adapté. Viser les 2 réacteurs de Fessenheim + 6 autres réacteurs avant 2028 est un minimum si l’on veut vraiment atteindre 50 % au plus tard en 2035, tout en évitant de reproduire le manque de méthode du quinquennat précédent pour la fermeture de la centrale de Fessenheim.
  9. Il y a un formidable message politique européen à envoyer en engageant une politique énergétique binationale avec l’Allemagne. Aujourd’hui, en France, on hésite (dans la PPE) à sortir du nucléaire car on craint les importations de charbon allemand alors qu’en Allemagne, on hésite (dans la commission charbon) à sortir du charbon car on craint les importations de nucléaire français… Et si Emmanuel Macron et Angela Merkel décidaient de lever ces blocages en avançant et accélérant ensemble? Ce serait innovant et ferait un beau projet pour l’Europe !
  10. Acter un point de revoyure début 2023 pour éventuellement réhausser l’ambition 2028: si la baisse de consommation est effective grâce aux efforts, si l’accord politique est engagé avec l’Allemagne, il serait alors possible d’acter une trajectoire encore plus ambitieuse pour le prochain quinquennat.

Alors que jusqu’à 15 à 20 % des dépenses des foyers modestes et des classes moyennes sont consacrées à payer les factures de carburant et de chauffage, alors que la France ne respecte pas 8 des 9 engagements climatiques qu’elle s’est elle-même fixée dans ses engagements pris (dans l’accord de Paris, la loi de transition écologique ou la stratégie bas carbone), l’urgence est là et la réponse politique doit être à la hauteur !