De quel service public du rail avons-nous besoin ?

Nous avons besoin d’un service public du rail enfin centré sur les mobilités du quotidien, soutenable financièrement, innovant et répondant aux enjeux de la transition écologique.

Les Français sont profondément attachés au service public ferroviaire, qui transporte chaque jour plus de 4 millions de voyageurs. Il est un gage de la cohésion entre les territoires, de la compétitivité de nos entreprises, de l’attractivité du pays. Il est urgent d’engager sans tarder une refondation de notre système ferroviaire.  

Sortons des postures et regardons en face la réalité de la situation du système ferroviaire. Les trains circulent sur un réseau vieux et inadapté au transport de masse, qui explique les retards fréquents (nos voisins européens font mieux) et les grands incidents de ces derniers mois. Après 40 ans où seules les lignes TGV semblaient compter aux yeux des grands élus, accordons enfin la priorité à la modernisation du réseau pour améliorer la qualité de service. C’est pourquoi SNCF réseau va consacrer 36 milliards d’€ en 10 ans pour la modernisation et la rénovation du réseau : c’est 50% de plus que la dernière décennie.

On a souvent entendu ces derniers jours que le gouvernement voulait fermer « les petites lignes » : c’est faux ! Chaque ligne répondant à un besoin particulier, il faut une analyse locale et une discussion avec les territoires. Renforçons certaines lignes, envisageons pour d’autres des moyens d’améliorer le service public (par exemple avec des navettes électriques avec des fréquences plus nombreuses).

Pour être durable, Le service public doit être soutenable, ce n’est pas le cas aujourd’hui. La dette de SNCF réseau a augmenté de 15 milliards d’euros entre 2010 et 2016, pour atteindre 45 Mds€ fin 2016. Elle augmente mécaniquement de 2,5 Mds€/an (dont 1,3 Mds€ juste pour les intérêts financiers, ce qui pose question sur le rôle des banques…) : cette situation n’est plus tenable, ceux qui prétendent le contraire prennent une lourde responsabilité.

Repenser la mobilité de demain, c’est aussi faciliter la multimodalité, en connectant de façon simple l’ensemble des services de transport accessibles sur un territoire donné, y compris pour la billétique. La gare doit devenir lieu privilégié d’échanges intermodaux et un lieu de services multiples. Les plateformes de services ont besoin de lieux physiques (lieux de rendez-vous pour le covoiturage notamment, aménagements vélo) qui doivent devenir une composante de l’espace public urbain. La mobilité de demain doit être mise au service de la vie quotidienne des Français, et notamment de l’emploi : l’an dernier, un jeune sur quatre a refusé un emploi faute de moyen de transport, cela n’est pas admissible !

Enfin, l’innovation sera au cœur de la mobilité de demain, avec notamment le déploiement du train hydrogène et du train solaire, des « RER des grandes aires urbaines », ou encore avec la révolution des véhicules autonomes, en priorité pour les zones rurales. Comme nous l’avons recommandé dans le rapport du Conseil d’Orientation des Infrastructures remis à la Ministre Borne en février, il est urgent d’expérimenter dès les prochains mois la circulation de véhicules autonomes en sites propres entre des gares sur d’anciennes voies de chemin de fer. Cela permettra une offre nouvelle de mobilité en particulier dans les zones rurales où la voiture est trop souvent la seule solution.

Osons cette transformation vers un nouveau service public du rail ! Dans 10 ans, les citoyens diront que la SNCF est redevenue notre fleuron national, le modèle d’un service public performant et d’une société publique qui a su se remettre en question et innover.

Tribune parue dans l’humanité le 13 mars 2018