Assumons d’être encore en rodage car le fond avance

La première session extraordinaire de la mandature à l’Assemblée nationale se termine cette semaine. A chacun(e) d’en faire le bilan. Qu’en retiendrez-vous, sur le fond comme sur la tenue des débats ? Les postures et les commentaires parfois peu aimables de certains groupes politiques sur les mesures proposées dans la loi pour rétablir la confiance dans la vie publique, ou le constat qu’au final seuls quatre députés aient voté contre cette loi de moralisation (ce qui prouve qu’elle ne devait pas être si mauvaise que cela) ?

Notre soi-disant refus du débat politique, alors que durant ces cinq semaines d’activité, les oppositions ont eu 70% des temps d’expression sur les différents textes majeurs ?

Notre ponctuel manque d’expérience au perchoir pour gérer quelques situations chaudes, ou le trop d’expérience de ceux qui siègent depuis 30 ans dans des hémicycles, et qui ont très bien su comment profiter de chaque hésitation pour bordéliser la séance ?

Notre bug sur la suppression d’un bout d’article (Oui, on a buggé ! Mais un bug sur des centaines de votes, sur des milliers d’amendements) ou le fait qu’on ait travaillé 25% de plus que l’assemblée précédente sur la même période, avec une Assemblée renouvelée à 75% contre seulement 40% en 2012 ?

Le soi-disant abandon de la promesse du casier judiciaire vierge ou le fait que le dispositif adopté dans la loi (peine d’inéligibilité de dix ans pour une liste précise et détaillée de crimes et délits) revienne au même ?

Les petites phrases isolées de certains sur la fin de l’indemnité représentative de fin de mandat et l’obligation de justificatifs qui tournent sur les réseaux, ou l’assurance que, grâce aux évolutions proposées par les groupes LREM et MoDem, on sorte enfin d’un système aberrant où les parlementaires n’avaient aucun compte à rendre sur l’utilisation de leurs indemnités de frais de mandat, dont tous les vieux routiers de la politique s’étaient depuis toujours parfaitement accommodés ?

Les cris d’orfraie d’une partie des député(e)s devant la suppression des emplois familiaux, ou ce que cette avancée permettra, i.e. la fin des affaires Fillon and co ?

A chacun(e) de se faire son opinion.

Pour moi, c’est clair : assumons d’être encore en rodage sur la forme car le fond avance ! Et mieux vaut cela que d’être trop professionnel de la politique. Gardons-nous bien de tomber dans les travers de ceux qui nous donnent aujourd’hui des leçons.

D’ailleurs, ce qui est génial, quand tu es un député(e) LREM, c’est qu’on te reproche tout et, en même temps, son contraire ! D’être un député godillot et, en même temps, frondeur dès que tu votes un amendement proposé par l’opposition ou lorsqu’une diversité de positions est exprimée (cas du « verrou de Bercy« ). De voter comme un robot et, en même temps, de faire des erreurs humaines. D’être trop novice et, en même temps, d’être responsable du désamour installé entre les Français et la politique depuis si longtemps. Tout cela, c’est du vent. Mais après tout, peu importe : continuons à travailler, seul le résultat compte ! »

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