Appel à tous pour trouver ensemble les réponses qu’il nous manque face aux complotismes

Appel à tous pour trouver ensemble les réponses qu’il nous manque face aux complotismes
 
Face à cette méfiance qui semble insidieusement tout envahir et se traduit par une montée des complotismes, avouons-le : nous sommes démunis. Nous lançons un appel à tous, sociologues, élus, associations, citoyens, scientifiques, philosophes, journalistes, enseignants, médecins, pour réfléchir et trouver ensemble les réponses qu’il nous manque. Vous trouverez ci-après le texte de cet appel.
 
Matthieu Orphelin & Paula Forteza, députés
 
 
Le complotisme est devenu une donnée majeure de nos débats. À quel moment avons-nous réalisé l’ampleur du phénomène ? Était-ce il y a un an, quand Facebook nous annonçait avoir supprimé 5,4 milliards de faux comptes en 2019 sur son réseau social ? Ou bien plus récemment, à mesure que la vague de fausses nouvelles liées au Covid 19 se répandait et s’amplifiait ?
 
Propagation des discours
 
Nous constatons la propagation de ces discours sur le terrain comme dans nos entourages. Des messages et courriers reçus chaque semaine un peu plus nombreux, jusqu’à ceux sur WhatsApp d’un proche relayant des théories douteuses sur les vaccins. Dans nos circonscriptions, tel ce mouvement anti-masques au sein de l’école d’un petit village – aux préoccupations que l’on peut entendre mais s’appuyant sur un site complotiste – mais aussi à l’Assemblée, où nous entendons régulièrement des propos plus qu’alambiqués sur l’agenda caché du Gouvernement ou des médias.
Comme le dit avec une grande justesse Cynthia Fleury, le complotisme est l’expression d’un ressentiment, qui s’alimente, souvent, de l’incertitude. Le contexte actuel y est propice : la colère et la peur sont des sentiments partagés par une grande partie de nos concitoyens. Il serait malvenu d’adopter une position de mépris à l’égard de ceux qui “penseraient mal”.
 
De la transparence
 
Le complotisme n’est pas né avec les réseaux sociaux, mais sa portée a été démultipliée par leur force virale. Une approche par la censure aurait probablement l’effet inverse. Les complotistes rétorquent déjà que l’on veut les faire taire pour la simple raison qu’ils osent questionner la version officielle des faits, celle des élites. Plus les “fact-checkers” mettent en évidence des infox, plus le complotisme se nourrit de cette attention.
 
Apaisement du débat public
 
Le chemin pour en sortir passera probablement par un apaisement général du débat public. Il faut une désescalade dans la violence verbale, car elle alimente le climat de défiance générale. Il sera aussi nécessaire d’améliorer la transparence à tous les niveaux : transparence des décisions politiques et des lobbys, transparence au sein de la haute administration, transparence des plateformes et de leurs algorithmes, transparence des relations entre les médias et leurs actionnaires industriels. Il faudra certainement renforcer la place de la délibération et du dialogue dans nos institutions, que ce soit à l’école, dans le débat démocratique, ou sur les réseaux sociaux. Nous devons retrouver la confiance entre nous, envers la parole des scientifiques, des responsables politiques, de l’administration, des journalistes.
 
Un appel aux personnes de bonne volonté
 
Mais face à cette méfiance qui semble insidieusement tout envahir, avouons-le : nous sommes, en l’état, tous démunis.
Nous lançons donc un appel à toutes les personnes de bonne volonté, sociologues, élus, associations, citoyens, scientifiques, philosophes, journalistes, enseignants, médecins, pour réfléchir ensemble aux réponses que nous pouvons apporter. Si nous en faisons un sujet de réflexion collective, des solutions se dégageront. Nous en ferons, pour notre part, une des priorités de nos travaux parlementaires dès début 2021.
 
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